Fiche élève à compléter.doc
Pour vous aider :
Le 3 mars 1916 le soldat François Azéma décrit ainsi le départ des hommes pour les premières lignes, au plus près de l'ennemi et des combats :
« Montée en 1ère ligne par une nuit noire où on ne voyait pas à un pas, il pleuvait à verse, nous sommes arrivés trempés jusqu'aux os ; du fait de l'obscurité nous tombions dans des trous d'obus où nous avions de l'eau jusqu'à la ceinture ; en résumé, relève très pénible où nous avons souffert atrocement. »
(carnet de guerre inédit)
Ernst Jünger, un soldat allemand engagé en 1914, à 19 ans décrit un bombardement qu’il subit dans le village de Combles dans la Somme, en août 1916 : « A partir de sept heures, la place et les maisons voisines reçurent à des intervalles d’une demi-minute des obus de 150. […] Entre neuf et dix heures, le feu prit une violence démentielle. La terre vacillait, le ciel semblait une marmite de géants en train de bouillir. Des centaines de batteries lourdes tonnaient à Combles et tout autour; des obus sans nombre se croisaient, hurlant et miaulant, au-dessus de nous. »
(Orages d’acier, Paris, Livre de Poche, 2000, p. 126-127)
Michel Taupiac dit « François » avait 29 ans en 1914. Il était le fils d'ouvriers agricoles du Tarn-et-Garonne. Il écrit le 14 février 1916 à un ami. :
« J'étais l'autre jour dans les tranchées. Je n'ai jamais rien vu de si horrible. Ils avaient étayé leurs tranchées avec des morts recouverts de terre, mais, avec la pluie, la terre s'éboule et tu vois sortir une main ou un pied, noirs et gonflés. Il y avait même deux grandes bottes qui sortaient dans la tranchée, la pointe en l'air, juste à hauteur, comme des porte-manteaux. »
cité dans Guéno, J-P, (s. d.), Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918, Paris, Librio, 2001, p. 90
Max Buteau, un combattant, décrit le quotidien des soldats dans les abris creusés dans les tranchées, destinés à se protéger des tirs ennemis, de la pluie et du froid :
« Oh ! qu’elles sont pesantes, ces journées enfouies dans la terre, qu’elles sont pesantes si le sommeil ne les abrège pas ! Par bonheur, il ouvre souvent son asile aux hommes fourbus. »
(Buteau Max, Tenir. Récits de la vie de tranchées, Paris, Plon, 1918.)
Dans un entretien de 1961, Otto Dix déclare :
« C'est que la guerre est quelque chose de bestial : la faim, les poux, la boue, tous ces bruits déments. C'est que c'est tout autre chose. Tenez, avant mes premiers tableaux, j'ai eu l'impression que tout un aspect de la réalité n'avait pas encore été peint : l'aspect hideux."
Le commandant Henri Bénard écrit, le 25 septembre 1914, dans une lettre à sa femme :
« Cette guerre est horriblement triste et monotone. […] Des duels d'artillerie continuels dans lesquels nous restons spectateurs terrés sous les rafales, voilà tout ce que nous voyons. Des pertes sans combat, quand un obus tombe sur nous, de la puanteur de cadavres de chevaux, des cris de blessés qui, toute la nuit, appellent au secours, de la mort, de la boue, du sang. »
(De la mort, de la boue, du sang. Lettres de guerre d’un fantassin de 14-18, Paris, Jacques Grancher, 1999 p. 30)
Henri Barbusse, un soldat, décrit le spectacle de la mort d’un camarade : « il est abominable à voir. […] Les cheveux éparpillés sur les yeux, la moustache bavant dans la bouche, la figure bouffie, il rit. Il a un œil grand ouvert, l’autre fermé, et tire la langue. Les bras sont étendus en croix, les mains ouvertes, les doigts écartés. »
H. Barbusse, Le feu. journal d'une escouade, 1916.
« L’on restait quatre jours en ligne et l’on redescendait pour quatre jours à l’arrière, et l’on remontait à l’avant pour quatre jours, et ainsi de suite jusqu’à la fin s’il devait jamais y avoir une fin à cette triste histoire. […] Ce va-et-vient était bien la plus grande saloperie de cette guerre, et la plus démoralisatrice. »
Blaise Cendrars, La main coupée, Paris, Gallimard, 1991, p. 214.
« Je me faufilais dans mes rêves à travers des ruines dans les tranchées et boyaux. Il fallait que je me débarrasse de tout cela. En fait on ne s’aperçoit pas, quand on est jeune, que dans son for intérieur on souffrait malgré tout. Car pendant de longues années, pendant au moins dix ans, j’ai rêvé sans cesse que j’étais obligé de ramper pour traverser des maisons détruites et des couloirs où je pouvais à peine avancer. Les ruines étaient toujours présentes dans mes rêves. »
Otto Dix
« J’ai bien étudié la guerre. Il faut la représenter d’une manière réaliste pour qu’elle soit comprise. L’artiste travaillera pour que les autres voient comment une chose pareille a existé. J’ai avant tout représenté les suites terrifiantes de la guerre. Je crois que personne d’autre n’a vu comme moi la réalité de cette guerre, les déchirements, les blessures, la douleur. »