La source de mon travail est définitivement mon environnement, dans toutes ses dimensions. De l'art à la télé, de la cuisine au cinéma, de la littérature à la marche à pied, je ne fais que puiser autour de moi pour restituer à ma sauce. Mais pouvoir tout utiliser ne veut pas dire utiliser tout sans fondement : mon travail comporte en lui certains axes qui donnent cohérence à l'ensemble.
Mes productions semblent toutes porter en elles une confrontation à l'absurde, une ironie qui invite à la réflexion plus qu'elle n'agresse, une mise en place de processus qui pousse à la (dé)construction. Je recherche toujours un résultat qui doit visuellement et conceptuellement restituer avec force les règles soutendues par chaque pièce.
Du dessin à la sérigraphie ou de la performance à l'installation, l'utilisation d'un médium ne m'intéresse que lorsqu'il sonne juste, ou volontairement faux. L'outil n'est efficace que lorsqu'il permet de jouer avec ses propres codes mais surtout lorsqu'il joue avec ceux dont il ne dépend pas.
Les enjeux de ma pratique se trouvent donc dans une réinvention de ces codes et statuts, grâce à l'histoire (la petite comme la grande), son iconographie, sa philosophie et son anecdote.
B.pdf
Parcours artistique.pdf
rien.pdf
PROJET#01 : COLREFSCANDETJETREGREC.
COLorier/REFérencer/SCANner/DETruire/JETer/REGarder/RECommencer.
J'ai construit ce projet sur un rapport entre travail et jeu. Colorier des feuilles à longueur de journée, les mettre en boule une fois terminées et enfin tenter le panier, voici l'action qui doit être sans cesse répétée.
À l'école déjà, puis « au travail », chacun tente de faire passer le temps ou de lier productivité avec de petits jeux. Jouer au morpion ou se balancer sur sa chaise, rentrer et sortir la mine de son 4 couleurs ou s'essayer au basket avec un quelconque document à jeter, ces petits moments sont toujours un moyen de se subtiliser subrepticement au quotidien, au travail qui nous vole notre temps.
L'absurdité du travail à effectuer est l'élément constitutif du projet. Le dessin ne donne pas le résultat de l'expérience, ni les paniers, qu'ils soient réussis ou ratés. C'est le recommencement éternel de l'ensemble des gestes qui, petit à petit transforme l'espace, qui devient « graphique » au fur et à mesure de l'amoncellement des boules de papier sur le sol. C'est la rigueur dans l'absurdité des modes de production qui donne forme et idée.
Le travail a été produit pendant le temps de l'expo. Le public a alors pu appréhender le temps, temps de travail qui se construit dans la longueur mais aussi le temps d'évasion, donné par l'aspect ludique du projet.
Ce projet tente de rappeler l'importance des instants volés, petite lutte contre le quotidien.
A SMALLEST SPLASH !
Cette pièce a été réalisé dans le cadre de l'exposition intitulée «C'est en peignant que l'on devient peigneron.» à la galerie SDA en janvier 2010 (Rennes).
Elle se décompose en trois phases:
-Explosion dans un espace préalablement construit de quatre verres remplis d'encres de couleur.
-Reproductions agrandies de certaines taches de l'explosion sur des affiches sérigraphiées dans un bureau construit pour les besoins de la production.
-Affichage des agrandissements sur les murs extérieurs de la galerie.
Voici le texte de présentation disponible dans l'espace d'exposition:
" T out commence par un gros boom, enfin pas tout tout le temps, mais là si.
Un gros «boom» donc, même quatre gros «boom», de quatre couleurs différentes.
C'est bien, ça fait du bruit et ça en fout partout.
D'accord, et après?
Après on regarde, on observe, on contemple.
Cest vrai qu'après tout cest beau merde, on a le droit de se délecter un peu!
Et on en reste là?
Je sais pas, Debord a bien dit « Nous n'organisons que le détonateur: l'explosion libre devra nous échapper à jamais, et échapper à quelque autre contrôle que ce soit». On pourrait quand même peut-être le contrôler ce boom, le ranger, le classer, voir ce qu'il a dans le bide!
Ouais on peut essayer. Et après on fait quoi?
Après, on lave, on range et on se casse!
O ù, dans d'autres termes, une tentative de production in situ soumise à l'observation de la mise en place d'un processus lié à un «accident» paramétré dans un espace de monstration et de production culturelle."
CELEBRATE LITTLE HOLES IN A BIG HOLE
«Des ptits trous, des ptits trous, toujours des ptits trous.»
Celebrate little holes in a big hole, la célébration de l'absurde.
Pour cette exposition, «Hanging around #01», le principe était de produire une pièce durant le temps du vernissage. Cette pièce est donc une installation performative.
Pour préparer cette performance, je suis allé chercher la première image de «gros trou» sur Google image.
C'est une vue aérienne d'une ville construite autour d'un gros trou, certainement une carrière. L'image est assez énigmatique et de mauvaise qualité, je l'ai imprimée deux fois en grand format.
Parallèlement, j'ai construit une table avec un gobelet incorporé à celle ci.
La performance débute, j'installe mon espace de travail et j'affiche une des deux images.
Je m'assoie et, muni d'une perforatrice, je troue l'autre image, pliée en plan.
L'action dure 30 minutes. Lorsque la surface de la table se remplit, je vide les confettis dans le gobelet prévu à cet effet et je continue.
À la fin de l'action, après avoir fais des petits trous dans ce grand trou, j'affiche l'image percée sur la première. Les trous donnent l'impression d'être remplis deux même.
Je saisi alors le gobelet rempli de «trous», de confettis et les lance en l'air tout en émettant un grand cri de joie.
J'ai célébré les petits trous dans les grands trous.
Encore une fois, cette production joue sur des rapports entre jeux de mots, travail répétitif et absurdité.
EASY PAINTING
Pour faire une Easy painting, il suffit d'avoir une peinture ou une encre chargée en solvant, quelques gobelets en plastiques et du papier.
Après avoir rempli un gobelet de peinture pure ou mélangée, le poser sur le papier et attendre.
Une fois le gobelet rongé par les solvants, la peinture se libère selon ses propres lois physiques.
Laisser sécher, votre Easy painting est prête, vous êtes un peintre.
Outre l'aspect ludique de cette peinture et son esthétisme séduisant, c'est le geste simple et radical du peintre qui fait son intérêt.
Certes, c'est la peinture qui, suivant sa dilution, suivant les conditions de températures et d'humidité de l'atelier et suivant le papier utilisé, se répand à sa guise, mettant en jeu ses uniques propriétés de composition.
Cependant, le résultat, véritable géographie colorée, dépendra toujours de l'endroit où le peintre déposera le gobelet.
À chercher le hasard et la radicalité, on retombe incessamment sur ses propres choix.
Quelque soit le concept, l'artiste est toujours conditionné par l'acte.
UNE FOIS ENCORE, ENCORE UNE FOIS.
La base de ce projet est une réflexion sur la prolifération. Prolifération du geste, de la forme mais aussi de l'impossibilité de cette prolifération, autant physique que spatiale.
Sur la première feuille, il y a un coup de tampon, sur la seconde il y en a deux, quatre sur la troisième et ainsi de suite. Il arrive cependant un moment dans la production où une feuille ne suffit plus pour le nombre de coups de tampon. J'utilise alors autant de feuilles que nécessaire jusqu'à la fin du processus.
La mise en place d'un processus gestuel répétitif qui tend vers l'épuisement fonctionne également avec la difficulté spatiale de montrer cette pièce (le dernier stade réalisé compte plus de 260000 coups de tampon soit plus de 400 formats 64cmX45cm).
Le principe suggère aussi qu'une fois que l'on arrive à la fin dun stade, tout ce que l'on a fait depuis le début n'est que la moitié de ce qui nous reste à faire pour le prochain stade. Le «Mythe de Sisyphe», un eternel recommencement. Plus encore, recommencer ne suffit plus, il faut mettre les bouchées doubles pour arriver à ses fins, ou du moins pour arriver à la prochaine frustration.
INVENTUS
Inventus, c'est mon inventaire impossible.
Répertorier, classer et quantifier son environnement, prélever les preuves du quotidien, les témoins d'une société. S'approprier ce qui est perdu, jeté, ce qui n'a aucune fonction ou utilité. Dresser un panorama absurde de ce qui est proche de nous et que nous ne voyons pas.
Mais Inventus, c'est aussi redonner fonction, vie et logique par le classement, par les mots. Donner définitions, forcement personnelles.
Inventus est une poésie de la vanité.
Ce projet fonctionne comme un carnet de bord, il se nourrit du quotidien.
Actuellement, Inventus est composé d'environ 8000 objets et de plus de 700 textes.
LES CAROTTES SERONT BIENTÔT CUITES
«Les carottes seront bientôt cuites» est ma première édition.
Les images de ce livre sont tirées de photos personnelles, elles reflètent mon histoire et mon état d'esprit.
La mise en page est censée faire émerger une structure narrative soumise à une interprétation libre mais volontairement orientée par la gravure et les rehausses à l'aquarelle. Absurdes, poétiques, et anecdotiques, elles pourraient provenir d'un film noir surréaliste re-colorisées.
J'ai tenté dans ce livre de construire, avec des images, une Image. Un univers qui s'inscrit dans lui-même et qui nous emmène ailleurs.
DESSINS
La pratique du dessin a toujours été fondamentale dans mon rapport aux choses.
Qu'il soit dans un carnet de croquis, sur une table, sur petit ou grand format, c'est dans son exercice quotidien que je me retrouve.
Il n'a pour moi qu'un seul but, libérer l'oeil, la main et la parole.
Je vais vous présenter ici une petite partie d'une série réalisée depuis 2009.
Faire du populaire sans faire de populisme, être élitaire sans être élitiste, tels sont les enjeux de cette série de dessins.
SÉRIGRAPHIES, GRAVURES
Imprimer comme étant une nécessité, imprimer pour détourner, pour retourner, pour jouer, pour dire, pour comprendre.
J'ai longtemps imprimé Mémé Marie, ma grand mère, comme si l'encre sur papier témoignait d'une histoire. J'imprime tout et n'importe quoi, peut être pour m'approprier certaines images, pour les faire vivre différemment.
J'imprime des affiches, dans des livres, sur du plastique ou sur du bois.
J'aime le papier encré, il est direct et comporte son odeur, ses secrets.
Graver, c'est sculpter, sérigraphier, c'est peindre, les rapports ne sont pas les même et pourtant le plaisir est toujours là. Ce plaisir est souvent exclu dans la création, il n'en est pas moins porteur de sens.
Tant que j'aurai de l'encre et du papier, je continuerai de donner sens au plaisir.