L’artiste au bandana !
Georges Breuil est un des professionnels du domaine des musiques traditionnelles de la région
Auvergne. Intermittent du spectacle de 1990 à 2007, fatigué d’être sur les routes et de vivre au
quotidien la vie de groupe et ses indispensables consensus, il recentre son activité principale autour
de l’enseignement des musiques traditionnelles dans le département du Cantal. Pour autant, peutêtre
n’a-t-il jamais autant joué de sa vie ? Avec le trio BCD bien sûr et son duo avec Patrick
Desaunay mais aussi tous les jeudis soirs au bar de l’artisanat à Aurillac où se déroulent les
sessions irlandaises entrecoupées de bourrées auvergnates, tous les premiers vendredis du mois pour
faire danser (ex R.V du Veinazes) et tous les derniers vendredis du mois avec les Violons du
Mamou, groupe à géométrie variable d’élèves, anciens et actuels, âgés de 18 à 63 ans.
Chaleureux, curieux, sensible tels sont quelques uns des qualificatifs qui s’imposent au bout de
quelques heures de discussion partagée pour faire plus ample connaissance au moment de la sortie
de son nouvel album qui diffère radicalement des précédents car c’est une aventure strictement
personnelle, une respiration essentielle. Georges y joue tout à la fois : du violon bien sûr, des
guitares acoustique et électrique, du piano, de la mandole, du djembé, des percussions, de
l’accordéon. C’est un disque électro réalisé à partir d’échantillonnages mais cela ne s’entend que
lorsque son auteur a choisi de façon délibérée de les faire écouter.
Ouvrir la musique
Dans « Ma traversée » album « électro-trad-progressif » l’artiste se met à nu, sort du cadre,
interpelle, dérange en faisant la musique qui lui plaît, dans laquelle il se reconnaît et qui reflète les
influences de son parcours musical. Pour cet album comme pour les précédents il revendique son
attachement à l’aspect populaire des musiques traditionnelles. « Je n’ai fait aucune concession dans
la création des arrangements ni dans la composition des morceaux.
J’ai voulu donner une vision sincère de moi-même et aller au bout de mes idées.
La musique traditionnelle y a une grande place mais les arrangements sont plutôt modernes et
accessibles pour des oreilles de néophytes. ».
Onze morceaux composent l’album dont sept sont des morceaux trad ré-arrangés et quatre des
compositions.
Comment vas-tu faire vivre ce disque ?
C’est mon sujet de réflexion actuel ! En fait, je n’ai pas encore choisi entre deux pistes possibles.
Soit je monte une importante formation avec six musiciens, soit le spectacle se fait à deux : seul en
scène avec mon violon et de nombreux instruments, assisté par des machines et un technicien son.
J’ai une décision à prendre. Ce qui est sûr, c’est que je veux, sur scène, partager avec le public mon
univers musical.
Penses-tu que les musiques traditionnelles d’Auvergne soient des musiques populaires ?
Au départ elles l’étaient… ce sont des musiques à la structure simple, spontanée. Ce sont des
musiques du plaisir, de la danse. Il me semble qu’on les a prises pour support afin de raconter
quelque chose de plus tourmenté. Elles sont beaucoup moins populaires et reflètent l’inquiétude
d’un milieu culturel. C’est devenu une musique savante. Alors que les musiques trad sont des
musiques « enlevées », le « folk », le « trad » en a fait quelque chose de très beau mais de triste.
Certains spectacles me font peur, c’est à se flinguer !
Dans mon disque j’ai laissé parler les premiers sens, j’ai fait passer, me semble-t-il, le plaisir :
plaisir de jouer, plaisir de danser.